Cordage marin : comment le choisir et réussir son épissure

Cordage marin : comment le choisir et réussir son épissure

Cordage marin : comment le choisir et réussir son épissure

Bien choisir son cordage marin et savoir réaliser une épissure sur corde, c'est essentiel pour la performance et la sécurité à bord !

Il faut savoir choisir les cordages adaptés à votre bateau, maîtriser les techniques d'épissure amarre ou tressée, et comprendre comment chaque bout joue son rôle de transmission d'énergie ou d'amortissement selon son usage.

Composition d'un cordage marin

Un cordage est fabriqué à partir de fibres textiles par un procédé de fusion-extrusion. Au cœur se trouve une fibre classique — polyester ou polyamide — dont la structure moléculaire est relativement diffuse. Les nouvelles fibres à haut module, elles, ont une structure moléculaire modifiée pour atteindre une résistance très élevée.

La matière première est un fil très fin composé en moyenne de 200 petits filaments. Pour former une corde, on assemble entre 5 et 15 fils que l'on retord ensemble. Cette torsion peut prendre la forme d'un S ou d'un Z — et conservera toujours ce sens, quoi qu'il arrive.

Il existe deux grandes familles de fibres :

  • Les fibres statiques : allongement minimal, idéales pour les drisses et les écoutes. Elles restituent l'énergie directement en vitesse d'avancement.
  • Les fibres dynamiques (polyamides) : elles absorbent l'énergie et s'allongent, utilisées pour les amarres et les cordes de sécurité où l'amortissement est recherché.

BON À SAVOIR

Sur une corde tressée, vous trouverez toujours les deux sens de torsion : un côté S et un côté Z. C'est ce croisement permanent qui garantit la cohésion et la rondeur du cordage.

Les différents types de cordages et tressages

Le type de cordage se distingue par le nombre de fuseaux qui le compose. Un fuseau de couleur permet d'identifier le tressage : on repère le fil, on le suit, on compte les fuseaux dans le même axe, puis on multiplie par 2 (côté S + côté Z).

Plus le nombre de fuseaux est élevé, plus le tressage forme un tube — et moins le cordage est résistant. À 12 fuseaux, on obtient une corde ronde et pleine. À partir de 16 fuseaux, on commence à former un tube.

  • Tressage 16 fuseaux 1:1 (bout mixte idéal) : les losanges se touchent par la pointe, ce qui offre un bon grip. Ce tressage peut être utilisé aussi bien en drisse qu'en écoute. C'est la nouvelle génération de bouts mixtes haute performance.
  • Tressage 16 fuseaux 2:2 (croisière) : le tressage classique, le plus répandu pour la croisière. Moins performant que le 1:1, mais amplement suffisant pour un usage courant.

BON À SAVOIR

Pour identifier le tressage d'un cordage, suivez un fil de couleur et comptez le nombre de fuseaux dans le même axe, puis multipliez par 2. Un comptage de 16 fuseaux visibles donnera un tressage 32 fuseaux.

Allongement, Dyneema et performance

Aujourd'hui, le cordage voile le plus performant, avec la fibre la plus fiable, c'est le Dyneema. Un allongement faible garantit un meilleur profil de voile : le cordage restitue l'énergie directement en vitesse d'avancement au lieu de l'absorber. À l'inverse, un allongement de 4 à 5 % se traduira par une perte de performance sensible.

  • Drisses et écoutes : privilégier un allongement minimal (fibres statiques, Dyneema). Le cordage transmet directement la puissance sans perte.
  • Amarres : il faut au minimum 10 % d'allongement pour absorber correctement les chocs. Certains produits haut de gamme comme la Hand Élastique atteignent 30 % d'allongement en charge de travail.

ASTUCE USHIP

Avec un cordage Dyneema à faible allongement, les gaines sont davantage sollicitées. Prévoir des gaines très résistantes ou surgainer la zone de frottement pour prolonger la durée de vie du bout.

Comment faire une épissure sur corde : techniques et types

Un nœud fait perdre jusqu'à la moitié de la résistance d'un bout. Un bout résistant à 3 tonnes avec un nœud ne résistera plus qu'à 1,5 tonne. L'épissure sur corde bien réalisée, elle, ne fait perdre que 10 à 15 % — voire rien du tout si elle est parfaite. C'est pourquoi il est fortement recommandé d'épisser plutôt que de nouer, surtout sur du cordage haut de gamme comme le Dyneema.

L'épissure amarre : absorber les chocs sans perdre en résistance

L'épissure amarre est soumise à des contraintes particulières : les amarres doivent absorber les chocs liés aux mouvements du bateau tout en restant solides. Une épissure bien réalisée sur une amarre polyamide (fibre dynamique) permet de conserver l'élasticité du bout tout en offrant une terminaison fiable, sans point de faiblesse. Pour une amarre, viser au minimum 10 % d'allongement en charge de travail.

Il existe plusieurs types de terminaisons et d'épissures marines :

  • Œil épissé simple : la terminaison de base, pour fixer un mousqueton ou une manille.
  • Épissure avec mousqueton ou CSE en inox : fixation directe et sécurisée.
  • Épissure avec anneau de friction : pour les points de renvoi et les poulies.
  • Protection en cuir : utilisée sur les amarres et les superotes pour protéger les zones de frottement.
  • Œil souple sans gaine (âme seule) : uniquement sur Dyneema, pour une épissure en tête d'alouette très légère.
  • Loop Dyneema pur (manille textile) : de plus en plus utilisée, légère et très résistante.
  • Couture : réservée au domaine industriel et aux cordes de sécurité.
  • Pose de surgain de protection : pour renforcer et protéger les zones sollicitées.

BON À SAVOIR

Inutile d'investir dans un bout Dyneema haut de gamme pour le terminer avec un nœud. Une épissure sur corde bien réalisée conserve 85 à 100 % de la résistance du bout — un nœud en détruit la moitié.

Tutoriel : comment réaliser une manille textile

Véritable révolution dans le monde de la voile, les manilles textiles sont plus légères que les manilles en acier et les remplacent de plus en plus. Leur réalisation combine une épissure classique à l'aiguille et un nœud particulier : le nœud de sifflet de bosco (ou nœud diamant), une technique qui date du Moyen Âge. Découvrez comment la réaliser vous-même pas à pas dans notre vidéo :

Voici les étapes clés pour réaliser votre manille textile :

  1. Préparer le cordage et trouver le milieu du bout.
  2. Réaliser l'épissure à l'aiguille en ouvrant le tressage avec l'épissoire pour passer les brins.
  3. Former le nœud de sifflet de bosco (nœud diamant) : créer la boucle caractéristique dite "Brezel", en équilibrant bien la forme pour que la boucle finale ne soit pas trop grande.
  4. Passer chaque brin derrière le dormant et repasser en son centre pour fermer et verrouiller le nœud.
  5. Souquer et brûler les extrémités au briquet pour éviter l'effilochage.

Retrouvez les outils utilisés dans la vidéo : kit manille textile, aiguilles à épisser, épissoire en inox, briquet tempête Uship et couteau.

ASTUCE USHIP

Ne pas couper les brins à ras après le nœud. Laisser environ 2 cm et brûler les extrémités au briquet tempête, cela empêche les brins de s'effilocher et le nœud de se défaire sous tension.

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