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Vider ses toilettes en mer, faire la vaisselle au mouillage, pomper son fond de cale au port : tout cela est encadré, et souvent plus strictement qu'on ne le croit. La réglementation des eaux noires repose sur deux textes. La loi sur l'eau du 30 décembre 2006 dit quels bateaux doivent être équipés. La convention MARPOL dit où l'on peut rejeter.
Eaux noires, eaux grises, eaux grasses : les trois n'ont ni les mêmes effets, ni les mêmes règles. Voici ce que la loi impose, ce qu'elle n'impose pas, et les équipements de gestion des eaux noires qui vous mettent en règle.
Ce sont les eaux des toilettes. Le problème est d'abord sanitaire : rejetées près des côtes, elles contaminent les zones de baignade et les parcs à coquillages. Elles contiennent aussi les produits qu'on ajoute dans la cuve pour éviter les odeurs. C'est la seule des trois catégories pour laquelle la loi française impose un équipement à bord.
Ce sont les eaux de la vaisselle, des douches et du lavage du bateau. Comme elles ne présentent pas de risque sanitaire, on les croit inoffensives. À tort : elles contiennent des détergents qui se dégradent mal, et elles polluent en grande quantité : on en produit bien plus que d'eaux noires, et on les rejette en continu, au mouillage comme au port. Aucun texte n'oblige à les stocker sur un bateau de plaisance. Tout dépend donc des produits que vous utilisez à bord.
L'eau de fond de cale est la plus sale des trois. Elle mélange gasoil, huile et métaux lourds, qui ne disparaissent jamais du milieu. La pomper par-dessus bord, même sans le vouloir avec une pompe automatique, revient à rejeter des hydrocarbures, ce qui n'a rien à voir avec une simple eau sale : elle se dépose au port, dans le bac prévu pour. Et le bon réflexe reste de chercher d'où vient cette eau, du côté du presse-étoupe, de l'échangeur ou d'un raccord, plutôt que de l'évacuer.
L'article 43 de la loi sur l'eau du 30 décembre 2006 a créé l'article L. 341-13-1 du code du tourisme. Il se résume en une phrase : un bateau de plaisance équipé de toilettes et construit après le 1er janvier 2008 doit pouvoir stocker ou traiter ses eaux usées dès lors qu'il entre dans un port, maritime ou fluvial, ou dans une zone de mouillage aménagée.
Deux points à retenir. C'est la date de construction qui compte, pas celle de l'achat ni de l'immatriculation. Et vous avez le choix : stocker avec une cuve, ou traiter avec un broyeur-désinfecteur. La loi n'impose aucune solution en particulier.
On croit souvent que rien n'a bougé depuis la loi de 2006. C'est faux : les règles se sont durcies sur trois fronts.
Sur les bateaux neufs. La directive européenne 2013/53/UE du 20 novembre 2013 a remplacé un texte de 1994 et rendu la cuve obligatoire sur tout bateau équipé de toilettes. Elle va plus loin que la loi française : les toilettes doivent être raccordées uniquement à une cuve ou à un système de traitement, et les bateaux à cuve intégrée doivent avoir un raccord standard pour être pompés à quai. Ces règles font partie du marquage CE et sont vérifiées à la première immatriculation.
Sur les ports. La directive 2019/883 du 17 avril 2019 a remplacé celle de 2000 et renforcé leurs obligations d'équipement, en visant expressément le dépôt des déchets des bateaux de plaisance à l'escale.
Sur le terrain, enfin, et c'est ce qui change le plus la vie du plaisancier. Parcs nationaux, parcs marins, réserves et zones de mouillage organisées interdisent de plus en plus souvent tout rejet, et réclament parfois une cuve pour y séjourner. Plusieurs pays européens ont aussi durci leurs propres règles, certains jusqu'à refuser le rejet d'eaux pourtant traitées. Avant une navigation à l'étranger, renseignez-vous : la règle locale passe avant les distances qui suivent.
Au port, tout rejet est interdit, qu'il s'agisse d'eaux noires, grises ou de cale : le règlement du port le dit, et cela suffit. Au large, les distances viennent de la convention MARPOL, reprise en droit français par l'arrêté du 23 novembre 1987 : au-delà de 3 milles si les eaux sont broyées et désinfectées par un appareil homologué, au-delà de 12 milles si elles ne le sont pas. Dans les deux cas, on vide doucement, en faisant route à 4 nœuds au moins. Un bateau équipé d'une station de traitement agréée peut, lui, rejeter sans contrainte de distance.
Une précision qu'on lit rarement : MARPOL ne vise en réalité que les navires de plus de 400 tonneaux ou pouvant embarquer plus de 15 personnes. La plaisance n'est donc pas directement concernée. Mais ces distances servent de référence partout, dans les règlements de ports, les arrêtés locaux et lors des contrôles : s'en écarter serait imprudent. Certains sites vont même plus loin, avec interdiction totale de rejet, obligation d'avoir une cuve qui fonctionne et droit de visite à bord pour le vérifier.
BON À SAVOIR
Les trois seuils à retenir pour les eaux noires :
Au port et jusqu'à 3 milles : interdit. Au-delà de 3 milles : autorisé si les eaux sont broyées et désinfectées. Au-delà de 12 milles : autorisé sans traitement. Toujours en vidant doucement, à 4 nœuds minimum.
C'est la question qui revient le plus souvent, et la réponse est nette : non. L'obligation ne concerne pas les bateaux construits avant le 1er janvier 2008, qui peuvent garder un WC marin à évacuation directe. Attention à ne pas tout mélanger pour autant : l'interdiction de rejet au port et près des côtes, elle, vaut pour tous les bateaux, quel que soit leur âge. Avoir un WC légal ne donne pas le droit de s'en servir au mouillage dans une crique.
Cela concerne presque toute la flotte. Dans le Parc naturel marin d'Iroise, une enquête auprès des plaisanciers a montré qu'à peine 20 % des bateaux ont une cuve, justement parce que la plupart datent d'avant 2008.
On entend souvent dire que l'obligation finira par s'appliquer à tous. Pour l'instant, aucun texte ne le prévoit pour les bateaux déjà construits : deux propositions de loi, en 2010 puis en 2013, n'ont jamais abouti. Ce qui se durcit vraiment, ce sont les exigences sur les bateaux neufs et surtout les règlements de ports et de mouillages, toujours plus nombreux à réclamer une cuve. Le « zéro rejet » n'est pas encore obligatoire partout en Europe, mais il devient la norme. S'équiper à l'avance reste donc un choix pratique plus qu'une obligation.
Les 4 000 € souvent cités viennent de l'article L. 218-19 du code de l'environnement, qui punit le rejet causé par imprudence ou par négligence. Un rejet volontaire coûte beaucoup plus cher : jusqu'à 50 000 € au titre de l'article L. 218-11, et 100 000 € avec un an de prison en cas de récidive. Dans les faits, les contrôles sont difficiles et visent surtout les pollutions visibles et les zones protégées, où l'on regarde notamment la position de la vanne de fond.
Le plaisancier n'est pas seul concerné. L'Europe impose aux ports d'installer ce qu'il faut pour récupérer les déchets et les eaux usées. Une précision utile si vous lisez d'anciens articles : la directive de 2000, longtemps citée en référence, a été abrogée et remplacée par la directive 2019/883, transposée en France en septembre 2021. Le nouveau texte est plus exigeant envers les ports et cherche à faire déposer leurs déchets aux plaisanciers à chaque escale. En pratique, repérez la station de pompage avant d'en avoir besoin : toutes ne sont pas signalées et certaines demandent un adaptateur.
La cuve à eaux noires est la solution la plus courante, et elle s'adapte le plus souvent aux toilettes déjà en place, ce qui est exactement le cas des bateaux d'avant 2008. Ces réservoirs à eaux noires existent en plusieurs formes et plusieurs volumes, pour tenir dans la place disponible et suivre le rythme de l'équipage. Certains intègrent leur propre pompe de vidange : une pompe et des raccords en moins à installer.
Quelques points à ne pas rater au montage. Le volume : voyez large, une cuve trop petite se remplit en un week-end et finit par ne plus servir. La vanne trois voies, qui fait passer du stockage au rejet au large, doit rester facile à atteindre. L'évent permet à la cuve de se remplir et de se vider correctement, et c'est très souvent de lui que viennent les odeurs. Le raccord de pont est indispensable pour faire pomper la cuve au port. Un dernier conseil, qui change tout au quotidien : posez de vrais tuyaux anti-odeurs certifiés. Un tuyau ordinaire laisse passer les odeurs au bout de quelques saisons, et aucun produit ne corrige cela.
Réservoirs à eaux noires
DécouvrirLes pompes broyeuses eaux noires complètent l'installation. Elles font deux choses : elles réduisent les matières avant qu'elles ne partent dans les tuyaux, ce qui évite l'essentiel des bouchons, et, associées à un désinfecteur homologué, elles autorisent le rejet au large. Sur un bateau qui navigue tout l'été avec du monde à bord, c'est souvent ce qui règle définitivement le problème.
Deux choses à regarder pour choisir une pompe broyeuse. La tension et le débit, en 12 ou 24 V, à accorder au volume de la cuve : trop lente, la pompe décourage ; trop forte, elle malmène les tuyaux. Le montage ensuite : une pompe placée au-dessus du niveau de la cuve s'entretient bien plus facilement qu'une pompe noyée, et deux vannes de part et d'autre vous permettront de la démonter sans vider l'installation.
Pompes broyeuses eaux noires
DécouvrirLes WC chimiques ne demandent aucune installation : pas de passe-coque, pas de tuyaux, pas de raccord de pont. Ils existent en plusieurs volumes, à choisir selon le bateau et l'équipage, et c'est la solution la plus simple sur une petite unité ou pour se mettre en règle rapidement. Deux limites avant d'acheter : le confort, moindre que celui d'un WC fixe, et surtout la petite capacité du réservoir, qu'il faut vider souvent à terre. À vous de juger selon le nombre de personnes à bord.
Dans tous les cas, choisissez des produits de traitement et d'entretien WC et cuves très biodégradables. Ils font deux choses : ils empêchent la fermentation, donc les odeurs, et ils ménagent les joints et les membranes de la pompe, qu'un produit trop agressif finit par abîmer. Prenez aussi du papier WC à dissolution rapide : le papier de maison se délite trop lentement et reste la première cause de bouchon à bord. C'est l'achat le moins cher du bateau et celui qui vous épargnera le plus de démontages.
Comme rien ne vous oblige à stocker les eaux grises d'un bateau de plaisance, tout se joue sur ce que vous versez dans l'évier et sur le pont. Pour la vaisselle, la douche et le lavage, préférez des produits d'origine végétale ou très biodégradables. Un savon marin garde son efficacité dans l'eau de mer, contrairement à un produit de maison : vous en mettez donc beaucoup moins pour le même résultat. Côté vaisselle, le liquide vaisselle Docksoap écologique existe en bidon d'un litre pour la saison comme en format d'appoint à garder à bord.
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DécouvrirLaver le bateau produit à lui seul beaucoup d'eaux grises, et presque toujours au port, là où l'eau se renouvelle le moins. Deux gestes suffisent à limiter les dégâts : prendre un nettoyant biodégradable, et frotter à la brosse avec de l'eau claire au lieu de compenser un rinçage trop rapide par plus de produit.
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DécouvrirBON À SAVOIR
Ne confondez pas fond de cale et eau sale. Une eau de cale qui contient des traces de gasoil ou d'huile est un rejet d'hydrocarbures, puni beaucoup plus lourdement qu'un rejet d'eaux usées. Elle se dépose au port, dans le bac prévu pour, et ne part jamais par-dessus bord, y compris par une pompe de cale automatique dont il vaut mieux surveiller le déclenchement.
Oui, mais loin des côtes : au-delà de 3 milles si vos eaux sont broyées et désinfectées par un appareil homologué, au-delà de 12 milles sinon. Videz doucement, en faisant route à 4 nœuds au moins, jamais d'un seul coup. Au port et jusqu'à 3 milles, c'est interdit.
Non. La cuve à eaux noires n'est obligatoire que sur les bateaux de plaisance construits après le 1er janvier 2008 : votre WC marin reste légal. Mais l'interdiction de rejet au port et près des côtes s'applique à vous comme aux autres, et de plus en plus de mouillages réglementés demandent une cuve pour y rester.
À la station de pompage du port, par le raccord de pont de la cuve. L'Europe impose aux ports d'en être équipés. Demandez à la capitainerie avant d'être au plein : la station n'est pas toujours signalée et certaines réclament un adaptateur.
Non. Rien ne vous oblige à les stocker ni à les traiter, alors que leur rejet est pourtant interdit au port. Le seul vrai levier, c'est le choix de produits très biodégradables.
Pour dimensionner un réservoir à eaux noires, comptez en jours plutôt qu'en litres : environ 5 à 8 litres par personne et par jour selon le type de WC. Quatre personnes sur un long week-end atteignent vite 80 à 100 litres. Une cuve trop petite finit par ne plus être utilisée, et l'installation ne sert plus à rien.
À LIRE AUSSI
Les eaux usées ne sont qu'une partie du circuit. Pour l'eau potable, le groupe d'eau, le chauffe-eau et la plomberie sous flottaison, consultez notre article « Gestion de l'eau à bord : confort et sécurité de votre installation »
Retrouvez tous nos conseils eau à bord sur le blog USHIP.
Loi n° 2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l'eau et les milieux aquatiques, article 43, créant l'article L. 341-13-1 du code du tourisme (Légifrance)
Convention MARPOL, annexe IV, relative à la prévention de la pollution par les eaux usées des navires (Organisation maritime internationale)
Arrêté du 23 novembre 1987 relatif à la sécurité des navires, chapitre 213-4, qui transpose l'annexe IV (Légifrance)
Directive 2013/53/UE du 20 novembre 2013 relative aux bateaux de plaisance et aux véhicules nautiques à moteur (annexe I, exigences relatives aux eaux usées), abrogeant la directive 94/25/CE (EUR-Lex). Mise en œuvre en France : annexe I des articles R. 5111-1 et suivants du code des transports et arrêté du 19 juin 2015 (ministère chargé de la Mer)
Directive (UE) 2019/883 du 17 avril 2019 relative aux installations de réception portuaires, abrogeant la directive 2000/59/CE (EUR-Lex)
Décret n° 2021-1166 du 8 septembre 2021 portant transposition de la directive (UE) 2019/883 (Légifrance)
Code de l'environnement, articles L. 218-11 et L. 218-19 (sanctions applicables aux rejets de substances polluantes)