Interview de Benoit Schumann, président et fondateur de l'association Project Rescue Ocean

Interview de Benoit Schumann, président et fondateur de l'association Project Rescue Ocean

Peux-tu te présenter ?


benoit schumann fondateur de project rescue ocean

Je m’appelle Benoit Schumann, je suis le président et le fondateur de Project Rescue Ocean. Je suis pompier professionnel et plongeur, ancien pompier de Paris. Je suis actuellement sous officier chez les pompiers professionnels dans le sud de la france et j’ai une spécialisation dans le nautique : je suis scaphandrier autonome léger. 

J’ai créé Project Rescue Ocean il y a 5 ans, à partir d’une idée que j’ai eu sur la plage. Je voulais essayer de faire bouger mon entourage pour que nous allions nettoyer les plages après les tempêtes ou les innondations. Je m'étais intéressé à beaucoup d’ONG et d’associations qui existaient déjà, mais elles étaient souvent très radicales et je ne me retrouvais pas dans leur philosophie. Mon but était de faire bouger mes collègues de la caserne, mes potes du rugby et aller tous ensemble collecter des déchets : c’était un peu le grand défi ! Au début, nous faisions rire, puis nous avons été pris de plus en plus au sérieux. Le pari était donc réussi et j’ai créé l’association Project Rescue Ocean.

 

Au départ, tu t'es fait connaître via les réseaux sociaux, c’est cela ?

 

C’est ça. Au départ  j’ai pris des photos de ce que je voyais sous l’eau, sur les plages et dans la nature, et je les ai publié sur une page instagram et Facebook, tout simplement. Et à chaque fois que j’essayais de me rapprocher d’une ONG pour faire quelque chose ensemble, le courant ne passait pas trop. J’ai ainsi rencontré Sea Shepered et Paul Watson, c'était une entrevue enrichissante mais ce sont de vrais militants écologistes : ils sont très radicaux et se positionnent franchement contre la pêche. Je voulais prouver que tout le monde pouvait s’impliquer sans être militant ou éco-guerrier et qu'il s'agissait juste d'un retour au civisme et au bon sens. Ca a pris beaucoup d’ampleur en partant des réseaux sociaux, à un point que je n’aurais jamais imaginé.

 

Nous avions déjà cherché des ONG pour faire des choses simples chez USHIP, et nous n’avons pas trouvé… Comment l’expliques-tu ?

 

J'ai fait le même constat ! C’est pour cela que j’ai voulu prendre ce monde là et le dépoussiérer en se disant que l'on allait donner des moyens aux gens et mettre en place des actions simplement. Ca a fonctionné parce que l’on ne courre pas après ça non plus : les actions se font tant mieux, sinon elles se font plus tard. Personnellement, je suis pompier, j’ai mon salaire et je fais ça en plus avec plaisir. Les grosses associations marchent différemment : elles sont en compétition et ont l’obligation de récolter des fonds pour vivre. Elles en oublient peut être un peu les fondamentaux, mais ce n'est que mon avis personnel !

A mon sens, il faut replacer l’humain au centre de la problématique environnementale : au lieu de créer des machines couteuses, si chacun ramasse un déchet sur la plage il va y en avoir moins, c’est une certitude. Et aujourd'hui, nous sommes en position de le dire : rien que par l’engagement citoyen, on arrive à collecter des tonnes de déchets ! En 2018, les antennes Project Rescue Ocean ont ramassé 30 tonnes de déchets, en 2019 plus de 60 tonnes et en 2020, malgré la situation, nous en avons récolté 75 tonnes... uniquement par l’engagement citoyen et avec très peu de moyens.

collecte de déchets et sensibilisation a la dépollution

 

Tout cela en France uniquement ?

 

Nous avons aussi des antennes à l’international qui ont permis de ramasser 15 tonnes de déchets. Mais tout ceci ne représente qu’un axe de l’association. Nous avons conscience que l’on peut nettoyer les plages, les rivières et la nature pendant 20 ans, mais si rien n’est fait en amont nous continuerons à les nettoyer sans fin. Il y a 5ans, je suis donc allé dans une école pour leur parler de civisme et de bon-sens. J’ai expliqué le circuit de l’eau, des egouts, en restant très simple. Jai commencé dans le Sud, et ça s’est également développé rapidement : nous sommes intervenus dans des écoles jusqu’à Paris, au Sénégal, au Maroc… Et nous avons universalisé ce modèle : que ce soit à Paris, en Ethiopie, en Asie, ou à Brest, nous utilisons les mêmes mots, parce qu’un enfant de 10 ans est neutre. Nous avons baptisé cette nouvelle génération la “génération océan” : à la fin de nos interventions, nous leur remettons un diplôme pour qu’ils puissent se rappeler de cela quand ils grandiront.

 

Comment l'association a-t-elle pris une telle ampleur en 5 ans ?

 

Aujourdhui nous avons 12 antennes en France mais nous en avons refusé plus de 60 parce que l’on veut garder cet état d’esprit de neutralité. On ne veut pas être l’association qui se crée à Strasbourg parce que des élections approchent. Nous voulons vraiment des gens engagés et qui ne veulent pas autre chose. A chaque fois que l’on reçoit une demande, on souhaite qu’un dossier soit rempli, et le dossier est vraiment long ! (rires) Déjà, quand on voit que la personne l’a rempli on peut sentir la motivation et l’engagement. Nous nous limitons chaque année pour ne pas partir dans tous les sens. Nous n'ouvrons donc que 3 ou 4 antennes par an. A l’étranger, nous en avons 14 : nous avons pris le modèle réalisé dans le Sud, et l’avons dupliqué avec une charte de qualité et des procédures : pour nettoyer une plage, pour collecter des déchets, il faut que tout le monde ait du matériel. On doit donc fournir le matériel, offrir le café et le petit-déjeuner, ça fait partie de la charte !

Pour résumer, nous ne voulons pas de discours moralisateurs, pas de prise de parti, nous ne voulons pas accuser les pêcheurs ou le tourisme. Nous voulons vraiment garder cet état d’esprit. Et nous avons un rôle de contrôle de gestion et de qualité vis-à-vis de cela ! Tout cela s’est donc fait naturellement, mais aussi parce que l’on a cadré les choses dès le début. Nous avons aussi des partenaires qui nous suivent et nous repartissons l’argent dans du matériel comme des seaux, des barnums, des tables, des percolateurs, plutôt que dans des frais de fonctionnement. On sait que si demain Nice veut organiser une dépollution, ils auront 300 sacs, des tables, des tentes pour accueillir du monde. De même à Haïti ou ailleurs.

Quels sont vos liens avec le CNRS ?

 

Nous avons la chance d’être abrités par la fondation du CNRS. Nous avons créée la fondation Rescue Ocean, qui est maintenant sous égide de celle du centre Parisien. C’est la première fois qu’ils font cela… Et ça représente 1 an de travail ! Cela va nous permettre d’avoir un pas de recul sur toutes les antennes qui se créent et avoir un peu plus de notoriété en termes d’engagement éco-citoyen. Passer en fondation va aussi nous permettre de capter de l’argent pour avoir un résultat sur les engagements. L’argent ira dans des projets, dans des antennes Project Rescue Ocean, pour être transformé en actions concrètes.

Ce qui a bien fonctionné avec le CNRS c’est justement cette volonté de rester à notre niveau de citoyen. Nous ne nous prendrons jamais pour des scientifiques. En revanche, nous voulons mettre de la science participative en place. La récolte de données, de poids de certains déchets, les prélèvements que l’on souhaite effectuer via le bateau d’Axel serviront au laboratoire du CNRS. Nous serons leurs petites mains ! Le laboratoire peut donc m’appeler à tout moment et demander à Project Rescue Ocean Bretagne des prélèvements, ou un dispositif particulier à mettre sur le bateau d’Axel. Dans le Sud, il y a aussi des laboratoires qui font des prélèvements sur des tortues et des poissons, ils peuvent également nous solliciter pour cela.

 

Quelles sont les perspectives d’évolution pour Project Rescue Ocean ?


Nous souhaitons intervenir dans toutes les écoles de France sur du long terme, afin de leur parler de notre sensibilisation eco-citoyenne, qui va d'ailleurs être accréditée membre club par l’UNESCO. Nous en sommes très fiers ! Le but est de toucher le plus d’écoles possible en France afin de multiplier nos actions éco-citoyennes. Nous souhaitons également doubler nos chiffres de collectes de déchets sauvages, et étendre notre sensibilisation sur le plan international. Nous sommes partis dans beaucoup d’endroits du monde pour exporter cette sensibilisation : si on lie la solidarité, l’éducation et l’environnement, on a la clé pour que tout le monde s’engage dans le nettoyage de plages. A Bali comme ailleurs, si nous leur donnons des moyens, en leur disant “on vous aide, on vous sensibilise”, ils vont s’engager automatiquement dans l’environnement, nous en sommes persuadés ! 

action de sensibilisation dans les écoles

Quel est votre lien avec le projet d’Axel Tréhin ?

 

Axel nous a contacté il y a quelques années : il était adhérent et voulait s’engager auprès de Project Rescue Ocean. Il nous disait qu’il était skipper et qu’au lieu de courir pour faire de la pub auprès d'une marque, il voulait courir pour une cause. Bien entendu, j’ai accepté, même si je ne suis pas dans ce milieu ! Nous avons commencé ensemble sur la mini transat. Axel et Charlotte ont vraiment pris le projet en main, ils ont assuré ! Ils ont également sensibilisé leur entourage en créant des teams Project Rescue Ocean en Bretagne, en alimentant une page Facebook, en réalisant une grande quantité d’articles de presse… Ils ont collecté des quantités remarquables de déchets, tout en montant en parallèle le projet du Class40.

Le but est donc de se servir de son projet pour sensibiliser, communiquer, et ainsi essayer de faire passer notre message au travers du sport.

 

Chez USHIP, comment peut-on vous aider ?

 

Ce qui nous a plu chez USHIP, c’est leur volonté d’agir. L’entreprise touche le milieu du nautisme, donc des utilisateurs qui vont naviguer, être au contact des rivières et des océans. Imaginez si chaque plaisancier ramasse un déchet flottant : ça ne ferait que réduire d’autant la présence de plastique dans les océans. On critique souvent le milieu de la pêche et du nautisme. Avec USHIP, nous voulons faire changer les mentalités, et montrer que ce sont aussi des milieux qui s’impliquent et s’engagent. C’est en alliant nos forces que l’on peut toucher le plus de monde possible ! Et si on arrive à sensibiliser à travers le nautisme, peut-être que les plaisanciers vont changer leurs comportements à la maison aussi. C’est une sensibilisation moderne, qui fait passer les choses en douceur et où les personnes font leur propre morale. A notre sens, c’est comme cela qu’on arrive à toucher le plus de monde. 

Le but du partenariat avec USHIP est aussi que chaque magasin soit un point de ralliement : qu'il propose le café et fasse office de point logistique pour le matériel de ramassage.

 

Une partie des déchets est-elle recyclée ?

 

ramassage de filet de pêche sur la plageC’est la troisième étape : le but de nos collectes est initialement de prendre le déchet et le mettre à terre dans les poubelles de tri. Dans l'avenir, nous aimerions mettre en place des poubelles dédiées, afin que ce plastique soit recyclé en quelque chose de particulier, mais c’est trop onéreux à l’heure actuelle. Nous recyclons déjà du filet de pêche, mais c’est aussi très onéreux, il faut presque payer pour aller le recycler… Nous ne pouvons pas nous le permettre en tant qu’association, donc nous le stockons et essayons de trouver des partenaires qui puissent nous le transformer en quelque chose. Nous avons aussi acheté une presse, mais nous manquons de temps pour bien l'exploiter ! Nous parvenons ainsi à transformer du plastique en le broyant et en le fondant : nous avons réussi à faire du fil d’imprimante 3D qui est vraiment utilisable, mais il faudrait quelqu’un à plein temps sur ce sujet.

Nous réfléchissons aussi à faire nos propres goodies, des règles par exemple, pour que les enfants partent avec un objet fait à partir de plastique ramassé et soient ainsi encore plus sensibilisés à la chose.